25 millions de gourdes engloutis : la réhabilitation de la Croix des Quatre Chemins vire au fiasco

Par : Frantzou Laguerre

Près de deux mois après la date annoncée pour l’achèvement des travaux de réhabilitation de la Croix des Quatre Chemins, aux Cayes, le chantier est à l’arrêt, les ouvriers ont disparu et la population reste sans explication. Selon Bernard Banatte, qui intervenait à l’émission « Koze Mande Chèz » sur Radio Télévision Force du Sud, aux micros de Jameson Chery et de James Rodné, le mercredi 7 octobre 2026, une enveloppe de 25 millions de gourdes aurait été allouée à ce projet. Une situation qui soulève de graves interrogations sur la gestion des fonds publics et la transparence des autorités municipales intérimaires.

Le projet de réhabilitation de la Croix des Quatre Chemins, l’un des axes importants de circulation de la ville des Cayes, prend désormais les allures d’un chantier abandonné, au grand désarroi de la population. Alors que les autorités municipales avaient annoncé que les travaux seraient achevés avant le 15 août 2026, à l’occasion de la célébration de Notre-Dame de l’Assomption, cette échéance est largement dépassée, sans que les résultats attendus soient au rendez-vous.

Aujourd’hui, le constat est accablant, les travaux sont interrompus, les ouvriers ne sont plus visibles sur le chantier et aucune explication publique suffisamment claire n’a été fournie sur les raisons de cet arrêt. Une situation qui renforce les inquiétudes des citoyens et alimente les interrogations sur le sérieux du suivi de ce projet.

25 millions de gourdes : où est passé l’argent ?

C’est le montant de 25 millions de gourdes qui donne à cette affaire une dimension particulièrement préoccupante. Selon les déclarations de Bernard Banatte à l’émission « Koze Mande Chèz », cette somme aurait été allouée à la réhabilitation de la Croix des Quatre Chemins.

Face à l’arrêt des travaux et à l’absence de résultats à la hauteur des attentes, une question fondamentale se pose : qu’est-il advenu des fonds destinés à ce projet ?

Comment expliquer qu’un chantier présenté comme prioritaire n’ait pas été achevé dans les délais annoncés ? Quel montant a réellement été décaissé ? Quelles entreprises ont exécuté les travaux ? Existe-t-il des rapports techniques et financiers permettant de justifier l’utilisation des fonds engagés ?

Autant de questions auxquelles les autorités concernées doivent répondre avec précision, pièces justificatives à l’appui. La population a le droit de savoir comment son argent est dépensé, surtout lorsque des sommes aussi importantes sont annoncées pour des travaux d’intérêt public.

Un parfum de scandale et des soupçons de corruption

L’abandon du chantier, conjugué aux interrogations entourant les 25 millions de gourdes évoqués, fait planer de sérieux soupçons de mauvaise gestion et soulève des préoccupations relatives à un possible détournement de fonds publics.

Si aucune preuve vérifiée ne permet, à ce stade, d’affirmer que des actes de corruption ont été commis, l’opacité entourant ce dossier est néanmoins préoccupante. L’absence d’explications détaillées, de bilan financier public et d’informations précises sur l’état d’avancement du projet crée un climat de méfiance qui ne saurait être ignoré.

Les membres du conseil municipal intérimaire des Cayes, sous la responsabilité desquels le projet a été annoncé et suivi, doivent sortir de leur silence et fournir des réponses claires. La gestion des ressources publiques ne peut se résumer à des annonces officielles suivies de chantiers inachevés et de promesses non tenues.

Dans un contexte où la population fait face à de nombreuses difficultés économiques et sociales, chaque gourde issue des ressources publiques devrait être utilisée avec rigueur, transparence et responsabilité. Si des irrégularités sont établies, les institutions compétentes devront mener les investigations nécessaires et engager les procédures prévues par la loi.

La population exige des comptes

Au-delà des retards, cette affaire pose la question de la responsabilité des dirigeants locaux dans la gestion des projets publics. Les habitants des Cayes ne peuvent être condamnés à subir les conséquences de travaux inachevés pendant que les informations sur les dépenses engagées restent insuffisantes.

Il appartient désormais aux autorités municipales de présenter un état détaillé du projet : le budget initial, les sommes effectivement décaissées, les entreprises impliquées, les travaux réalisés, les éventuels obstacles rencontrés et un calendrier crédible de reprise.

Les organes de contrôle de l’État sont également interpellés afin de vérifier la régularité des dépenses et de déterminer si les fonds annoncés ont été utilisés conformément à leur destination.

Vingt-cinq millions de gourdes ne peuvent disparaître dans le brouillard administratif sans que des comptes soient rendus. La réhabilitation de la Croix des Quatre Chemins ne doit pas devenir un symbole supplémentaire de l’impunité et du manque de transparence dans la gestion des affaires publiques.

Aux Cayes, la population attend désormais autre chose que des promesses : des explications, des preuves sur l’utilisation de l’argent public et, surtout, l’achèvement des travaux. Car lorsqu’un projet financé au nom de l’intérêt collectif reste à l’abandon, ce n’est pas seulement un chantier qui s’effondre, c’est aussi la confiance des citoyens envers leurs dirigeants qui se détériore.

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