Des marchés pleins, des paniers vides : Pâques difficile aux Cayes

Par : Frantzou Laguerre

Comme chaque année, la fête de Pâques s’installe dans le calendrier haïtien avec son lot de traditions profondément enracinées, les bandes de rara sillonnant les rues, les familles endimanchées se rendant à l’église, les ménages s’efforçant d’acheter du poisson, les enfants lançant des cerfs-volants dans le ciel. Mais en 2026, au cœur de Les Cayes, ces images semblent appartenir à un passé presque révolu.

La conjoncture socio-politique, économique et sécuritaire du pays a considérablement affaibli ces pratiques culturelles. « Nous assistons à une fête pascale exceptionnelle cette année », confient plusieurs habitants. Exceptionnelle, non pas par sa ferveur, mais par la difficulté, voire l’impossibilité pour une grande partie de la population de respecter ces traditions qui, autrefois, faisaient vibrer les quartiers.

Le poisson devenu un luxe pascal

La saison pascale représente d’ordinaire une véritable manne pour le secteur de la pêche. Par tradition, de nombreuses familles troquent la viande pour le poisson afin de respecter la coutume. Pourtant, cette année, au marché « Jeudi » des Cayes, le constat est alarmant.

Des acheteurs se présentent, observent les étals, demandent les prix puis repartent les mains vides. Le poisson, aliment central du repas pascal, est devenu un produit de luxe. Les ménages, déjà fragilisés par la flambée généralisée des prix des produits de première nécessité, se disent à bout de souffle. Beaucoup redoutent de traverser la période des fêtes sans pouvoir préparer un repas digne de ce nom, ou pire, sans pouvoir manger convenablement.

Les témoignages se multiplient, la vie chère s’aggrave d’année en année, sans qu’aucune mesure d’accompagnement concrète ne vienne soulager les plus vulnérables.

Des traditions qui s’effacent dans le ciel cayen

Autre signe frappant de cette Pâques en demi-teinte : la disparition progressive des activités qui rassemblaient autrefois les jeunes. Les cerfs-volants, symboles incontournables de la période pascale, se font rares dans le ciel cayen. Les tournois et les « guerres » de cerfs-volants, moments de joie collective, semblent avoir disparu.

Les bandes de rara, elles aussi, peinent à animer les rues comme auparavant. La peur, l’insécurité et la précarité ont eu raison de ces élans festifs qui, malgré les difficultés, persistaient encore il y a quelques années.

Une fête religieuse sans accompagnement social

En Haïti, Pâques demeure une fête religieusement grandiose. Les fidèles catholiques parcourent les rues chapelet en main, rameaux de palmier brandis, pour se rendre à la messe. Les protestants commémorent avec ferveur la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

Mais cette année, derrière la foi, la misère se lit sur les visages. Aucune mesure significative n’a été prise pour accompagner les plus démunis durant cette période pourtant symbolique de partage et de solidarité.

L’insécurité et la pauvreté semblent avoir pris le dessus sur l’espérance. Comme le résume avec amertume un habitant :

« Sanble ane sa a, Jezi pap ni mouri, ni resisite pou pèp ayisyen an. »

Une phrase lourde de sens, qui traduit le désespoir d’une population pour qui, cette année, Pâques n’a pas le goût de la tradition, mais celui de la survie.

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