Par : Frantzou Laguerre
laguerrefrantzou073@gmail.com
Alors que la date du 7 février approche à grands pas, censée marquer la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le pays semble s’enfoncer dans un scénario déjà trop familier : celui d’une transition renouvelée, négociée entre acteurs politiques, loin des attentes pressantes de la population. Depuis ce mercredi, des candidats à la présidence et au poste de Premier ministre déposent leurs dossiers à l’hôtel Montana, au terme de quatre jours de dialogue interhaïtien piloté par le CPT. Mais derrière cette apparente avancée se cache une réalité plus troublante : l’incapacité persistante de la classe dirigeante à rompre avec les solutions provisoires qui deviennent permanentes.
L’accord trouvé pour mettre en place une nouvelle transition composée de représentants de la Cour de cassation, du CPT et de la société civile illustre une fois de plus la logique de recyclage institutionnel qui domine la vie politique haïtienne. Plutôt que d’ouvrir la voie à des élections crédibles et rapides, cette formule semble prolonger un système transitoire déjà largement contesté, alimentant la méfiance populaire et l’instabilité politique.
Plus préoccupant encore, le soutien réaffirmé des États-Unis au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accompagné du déploiement de trois navires militaires au large des côtes haïtiennes, renforce l’impression d’une transition sous influence étrangère. Pour de nombreux observateurs, cette posture internationale risque d’affaiblir davantage la souveraineté nationale et de discréditer toute nouvelle architecture politique issue de ce processus.
Au lieu d’apaiser la crise, la multiplication des arrangements politiques temporaires semble en réalité l’entretenir. Chaque nouvelle transition repousse l’échéance démocratique, éloigne la perspective d’élections libres et maintient le pays dans une zone d’incertitude permanente. Pendant ce temps, l’insécurité, la misère sociale et l’effondrement institutionnel continuent de frapper durement la population, grande absente de ces négociations d’élite.
À quelques jours du 7 février, une question demeure, Haïti s’oriente-t-elle vers une véritable sortie de crise ou vers une énième transition sans horizon? Si la nouvelle formule ne débouche pas rapidement sur un processus électoral crédible et inclusif, elle risque d’être perçue comme une simple manœuvre de survie politique, une de plus dans l’histoire récente du pays.