Par : Frantzou Laguerre
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L’horloge tourne pour les anciens membres du Conseil présidentiel de transition (CPT). Sommés par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), ainsi que leur chef de cabinet, de produire leur déclaration de patrimoine de sortie avant le 7 mars 2026, ils se retrouvent aujourd’hui sous la pression d’une obligation légale qui, trop souvent en Haïti, reste lettre morte.
Dans une note officielle, l’ULCC rappelle que cette démarche n’est ni symbolique ni facultative : elle découle directement de la loi du 12 février 2008 encadrant la déclaration de patrimoine des agents publics. Le message est clair : tout refus, retard ou omission pourrait entraîner des poursuites judiciaires pour défaut de déclaration. Une mise en garde qui sonne comme un test de crédibilité pour les institutions chargées de combattre l’impunité et la corruption.
Mais au-delà de l’aspect procédural, ce rappel intervient dans un climat déjà chargé de soupçons. Selon plusieurs informations circulant dans les milieux politiques et médiatiques, certains anciens conseillers présidentiels auraient profité de leur passage au sommet de l’État pour acquérir discrètement des biens immobiliers au nom de proches. L’un des cas évoqués concerne l’achat, au nom d’une mère résidant aux États-Unis, d’une propriété évaluée à 750 000 dollars américains à Morne Calvaire — un montant qui interroge sur l’origine des fonds et la transparence de telles transactions.
Ces révélations, qu’elles soient confirmées ou non par des enquêtes formelles, ravivent un malaise profond dans l’opinion publique : celui d’une gouvernance perçue comme éloignée des exigences d’éthique et de reddition de comptes. Dans un pays marqué par la méfiance envers ses élites dirigeantes et par une crise institutionnelle persistante, la question du patrimoine des responsables publics dépasse la simple formalité administrative. Elle touche au cœur même de la confiance citoyenne.
L’échéance du 7 mars 2026 apparaît ainsi comme bien plus qu’une date butoir. Elle constitue un moment de vérité pour les anciens dirigeants de la transition, mais aussi pour l’ULCC elle-même. Car l’histoire récente d’Haïti regorge d’injonctions restées sans suite et de dossiers enterrés dans le silence administratif.
Si aucune mesure concrète n’est prise en cas de non-respect de la loi, cette nouvelle sommation risque de rejoindre la longue liste des avertissements sans conséquences. En revanche, une application rigoureuse des sanctions prévues pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte contre l’impunité.
Entre promesse de transparence et soupçons d’enrichissement opaque, les anciens membres du CPT jouent désormais une part de leur héritage politique. Et, au-delà de leurs cas individuels, c’est toute la crédibilité de l’État haïtien dans la lutte contre la corruption qui se trouve une nouvelle fois mise à l’épreuve.