17 octobre 1806 – 17 octobre 2026 : 220 ans après Dessalines, Haïti cherche encore le chemin de la liberté

Par : Frantzou Laguerre

Deux cent vingt ans après l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le 17 octobre 1806, Haïti se retrouve face à une réalité qui interroge profondément sa conscience nationale. La première République noire indépendante du monde, née d’une lutte historique contre l’esclavage et la domination coloniale, traverse aujourd’hui une période de grandes souffrances, marquée par l’angoisse, la misère, la cherté de la vie, l’instabilité politique et l’insécurité. Deux siècles après la disparition du fondateur de l’indépendance, une question demeure, qu’avons-nous fait de l’héritage de nos ancêtres ?

Jean-Jacques Dessalines n’était pas un simple chef militaire. Il fut l’un des principaux artisans de l’indépendance d’Haïti, proclamée le 1er janvier 1804. Son combat incarnait une volonté historique, arracher un peuple aux chaînes de l’esclavage et lui donner le droit de décider librement de son destin.

Mais le 17 octobre 1806, à Pont-Rouge, près de Port-au-Prince, Dessalines fut assassiné par des adversaires issus des divisions politiques de l’époque. Sa mort ouvrit une nouvelle page de l’histoire nationale, marquée par des rivalités de pouvoir et des fractures qui allaient durablement peser sur la construction de l’État haïtien.

Deux cent vingt ans plus tard, le souvenir de cet événement ne devrait pas se limiter aux discours officiels, aux cérémonies commémoratives et aux messages de circonstance. Il devrait surtout nous pousser à réfléchir aux promesses de l’indépendance et aux responsabilités de ceux qui ont hérité de cette liberté.

La mémoire du 17 octobre devrait nous rappeler les conséquences des divisions nationales. Lorsque les intérêts personnels prennent le dessus sur l’intérêt collectif, lorsque les institutions deviennent fragiles et lorsque le dialogue cède la place à la confrontation permanente, c’est toute la société qui en paie le prix.

Les responsables politiques, les dirigeants des institutions, les acteurs économiques et les forces vives de la société ont chacun une part de responsabilité dans la recherche de solutions. La sortie de crise exige davantage que des déclarations : elle suppose des décisions concrètes, une gestion transparente des affaires publiques, le respect des institutions et une volonté réelle de placer les besoins de la population au centre de l’action publique.

La sécurité doit également constituer une priorité. Aucun projet de développement ne peut véritablement prospérer lorsque les citoyens craignent pour leur vie, que les activités économiques sont perturbées et que des familles sont contraintes de quitter leur domicile pour échapper à la violence.

Deux cent vingt ans après la mort de Dessalines, le problème n’est pas seulement de savoir si nous honorons sa mémoire, mais de déterminer si nous sommes encore capables de donner un sens concret aux idéaux pour lesquels il s’est battu.

Le 17 octobre 2026 ne devrait pas être une date de plus dans le calendrier national. Il devrait être un moment de vérité, de réflexion et de remise en question. Au-delà des hommages, Haïti doit interroger ses choix, ses institutions et ses priorités.

Deux cent vingt ans après la disparition de Dessalines, le peuple haïtien continue d’attendre des conditions de vie dignes, un environnement sécurisé, une stabilité politique et des perspectives d’avenir pour sa jeunesse. Ces aspirations ne sont ni des privilèges ni des revendications excessives, elles constituent des exigences fondamentales pour toute société qui prétend défendre la liberté.

La mémoire de Dessalines ne peut, à elle seule, résoudre les crises contemporaines. Mais elle peut servir de boussole morale pour rappeler les exigences de la souveraineté, de la solidarité et de la responsabilité nationale.

En définitive, la question n’est pas seulement de savoir ce qu’Haïti a perdu avec la mort de Dessalines, mais ce qu’elle est prête à reconstruire pour rester fidèle à l’idéal de 1804.

Car une nation qui célèbre ses héros sans améliorer les conditions de vie de ses citoyens risque de transformer son histoire en rituel, au lieu d’en faire une force pour l’avenir.

Deux cent vingt ans après, le défi demeure, faire en sorte que la liberté conquise par les ancêtres devienne enfin, pour chaque Haïtien, une réalité vécue au quotidien.

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