Par : Frantzou Laguerre
La cour du Lycée Philippe Guerrier des Cayes s’est transformée en une vaste agora du savoir, le dimanche 19 avril 2026. Des tables chargées d’ouvrages, des regards curieux, des mains qui feuillettent, des stylos qui signent, et surtout, cette rumeur douce et continue d’une jeunesse qui lit. La 13e édition de la « Journée du Livre », orchestrée par la structure Ecolo-Jeune, a pris des allures de célébration civique et intellectuelle autour d’un thème évocateur « Les Livres Délivrent ».
Ils étaient environ une vingtaine d’écrivains majorité des jeunes à répondre à l’invitation. Devant eux, des centaines de jeunes écoliers, lycéens, universitaires défilaient avec une soif visible de découvertes. On ne venait pas seulement acheter un livre, on venait rencontrer une pensée, toucher une idée, dialoguer avec une conscience. Chaque stand devenait un carrefour d’échanges, chaque signature un pacte silencieux entre l’auteur et le lecteur.
Le moment culminant de la journée fut sans conteste la conférence animée par l’économiste Etzer Emile, invité d’honneur de cette énième édition. Face à un auditoire attentif, il a développé un thème à la fois simple et vertigineux : « Comment lire, pourquoi lire et qui lire quoi ». Avec pédagogie, verve et profondeur, il a rappelé que lire n’est pas un simple exercice scolaire, mais un acte fondateur une discipline de l’esprit, une école de liberté, une fabrique du jugement critique.
Au terme de la conférence-débat, Etzer Emile a livré une réflexion qui a résonné bien au-delà des murs de l’établissement. Cette journée, selon lui, est une invitation à se recentrer sur l’essentiel. Redonner au livre sa place, c’est redonner à la jeunesse ses outils. « Une jeunesse formée, un pays éduqué : voilà les véritables fondations du développement », a-t-il martelé, sous les applaudissements.
Mais l’économiste ne s’est pas limité au seul champ de la lecture. Il a élargi le propos aux réalités nationales, évoquant le dysfonctionnement de l’Aéroport International Toussaint Louverture à Port-au-Prince. Pour lui, la reprise normale des activités de cette infrastructure stratégique constitue une urgence nationale. Une urgence qui, toutefois, ne saurait être dissociée d’un double impératif : la restauration de la sécurité sur le territoire et l’engagement d’un véritable combat diplomatique par l’État haïtien.
Ainsi, au fil des heures, cette Journée du Livre a dépassé le cadre d’une simple activité culturelle. Elle est devenue un espace de réflexion sur l’avenir, un rappel que le développement d’un pays commence d’abord dans les esprits. Aux Cayes, ce 19 avril, les livres n’étaient pas de simples objets posés sur des tables : ils étaient des clés. Et entre les mains de la jeunesse, ces clés ouvraient déjà des portes invisibles, mais essentielles.