Par : Jivens Laguerre
Ce matin, une femme s’est réveillée sans son mari, qu’elle ne reverra désormais que dans une morgue. Des enfants — sept, selon certaines sources — sont brutalement privés de leur père. Une dette de vingt mille gourdes non honorée, une dispute qui éclate, l’émotion qui prend le dessus, puis une balle qui part. Un homme tombe, sans possibilité de retour.
Quand la vie d’un homme ne vaut pas…vingt mille gourdes
Hier encore, une vie a été détruite pour quelques billets, à peine vingt mille gourdes, selon les informations rapportées. Le drame s’est produit à Camp-Perrin, plus précisément dans la troisième section communale, à Tiby, où un policier dénommé Jourdain Joseph Alex aurait abattu Fresnel Julien dans l’après-midi du jeudi 14 mai 2026, pour une somme dérisoire que la victime lui devait. Selon plusieurs témoins, le différend entre les deux hommes concernait une affaire de planches, Fresnel Julien exerçant le métier de scieur de bois. Après le constat du juge de paix Stenio Collagène, le corps sans vie a été transporté à la morgue. Quant à l’auteur présumé de l’acte, il a été appréhendé puis conduit au sous-commissariat de Camp-Perrin afin d’être auditionné avant son transfert tardif, semble-t-il dans la soirée, vers les Cayes.
Cette affaire, loin d’être un cas isolé, suscite l’horreur et soulève de nombreuses interrogations. Mais ce qui choque davantage encore, c’est de constater qu’un homme investi de la mission de protéger et de servir les citoyens n’a trouvé d’autre issue qu’un acte irréparable. Comment un agent de l’ordre, censé garantir la sécurité publique, peut-il céder à une telle violence pour une dette qui aurait pu être réglée autrement ?
Ce matin, une femme s’est réveillée sans son mari, qu’elle ne reverra désormais que dans une morgue. Des enfants — sept, selon certaines sources — sont brutalement privés de leur père. Une dette de vingt mille gourdes non honorée, une dispute qui éclate, l’émotion qui prend le dessus, puis une balle qui part. Un homme tombe, sans possibilité de retour. Une vie s’éteint à cause d’une décision précipitée et insensée. Les conséquences, elles, seront lourdes et durables pour toute une famille plongée dans le désespoir. Pourtant, dans ce pays miné par l’impunité, la corruption, l’injustice et le chaos, beaucoup redoutent déjà que cette affaire ne rejoigne la longue liste des dossiers oubliés, noyés dans les promesses d’« enquête en cours » et dans le silence des institutions.
Au-delà de l’émotion et de l’indignation, ce drame doit pousser la société à réfléchir sur la banalisation de la violence et sur la fragilité du vivre-ensemble en Haïti. Lorsqu’un conflit ordinaire se transforme en exécution, c’est tout le tissu social qui se déchire davantage. La population attend non seulement que justice soit rendue, mais aussi que les autorités prennent enfin des mesures concrètes pour restaurer la confiance, renforcer l’encadrement des forces de l’ordre et rappeler que la vie humaine ne peut jamais être sacrifiée pour de l’argent ou sous l’emprise de la colère.