Haïti : plus de 40 morts, des dizaines de blessés, des maisons incendiées, Kenscoff face à un nouveau carnage

Par : Frantzou Laguerre

laguerrefrantzou073@gmail.com

La commune de Kenscoff s’est réveillée lundi 24 août 2026 dans l’horreur, après une nouvelle offensive attribuée à la coalition armée « Viv Ansanm », menée dans la nuit du dimanche 23 août. Des habitants ont été pris pour cible, des maisons incendiées et plusieurs familles plongées dans le deuil et l’angoisse. Le bilan demeure provisoire et pourrait encore s’alourdir, les difficultés d’accès à certaines zones compliquant les opérations de vérification.

Selon les premières informations rapportées sur place et les éléments communiqués par des sources locales, plus de 40 personnes pourraient avoir perdu la vie, parmi lesquelles des femmes, des enfants et des personnes âgées. Plusieurs dizaines d’autres personnes auraient été blessées tandis que d’autres sont toujours portées disparues. Des maisons ont également été réduites en cendres, laissant derrière elles des familles sans abri et une population traumatisée.

L’ampleur exacte du carnage reste toutefois à établir. Le maire de Kenscoff a indiqué que les difficultés d’accès et les problèmes de communication empêchaient encore de dresser un bilan définitif. L’Associated Press rapporte notamment le témoignage d’un agriculteur affirmant avoir perdu ou être sans nouvelles de 14 membres de sa famille.

Kenscoff, une population abandonnée à son sort ?

Cette nouvelle tragédie rappelle que Kenscoff demeure depuis plusieurs mois l’un des théâtres les plus meurtriers de la crise sécuritaire haïtienne. En avril 2025, l’ONU avait déjà documenté au moins 262 personnes tuées et 66 blessées lors d’une série d’attaques dans la commune, preuve que les violences qui frappent cette zone montagneuse ne constituent nullement un phénomène nouveau.

Mais au-delà des chiffres, ce sont des familles entières qui disparaissent, des maisons qui brûlent et des communautés qui se vident. À chaque attaque, la même question revient : combien de temps encore l’État pourra-t-il prétendre exercer son autorité sur des territoires où des groupes armés imposent leur loi ?

Des élections qui avancent pendant que la sécurité recule

Le drame de Kenscoff intervient à un moment particulièrement critique pour le pays. Alors que le gouvernement et le Conseil électoral provisoire accélèrent les préparatifs en vue des prochaines élections, la réalité sécuritaire continue de se détériorer dans plusieurs régions.

Le calendrier électoral prévoit notamment un premier tour des élections générales le 13 décembre 2026. Or, comment organiser des élections crédibles, libres et sécurisées dans des zones où la population ne peut même plus garantir sa propre sécurité ?

La question devient d’autant plus urgente que les autorités haïtiennes doivent également préparer la rentrée scolaire fixée au 7 septembre prochain. Pour des milliers de familles vivant dans les zones affectées par la violence, envoyer leurs enfants à l’école relève déjà du parcours du combattant. Les déplacements forcés, la destruction des infrastructures et la peur des attaques risquent de transformer la rentrée scolaire en une nouvelle épreuve nationale.

Un État face à un choix historique

Le massacre de Kenscoff ne devrait pas être considéré comme un simple épisode supplémentaire dans la longue liste des violences qui endeuillent Haïti. Il constitue un signal d’alarme.

Alors que les autorités parlent d’élections, de rentrée scolaire et de restauration de l’autorité de l’État, les populations demandent d’abord une chose, vivre.

Le gouvernement affirme avoir ordonné le déploiement de renforts et promis que Kenscoff ne serait pas abandonnée. Mais pour une population traumatisée par des attaques répétées, les déclarations ne suffisent plus.

À moins de deux semaines de la rentrée scolaire et à quelques mois des élections, l’État haïtien est désormais face à une urgence absolue, reprendre le contrôle des territoires menacés, protéger les civils et empêcher que la violence armée ne devienne la nouvelle normalité du pays.

Car une démocratie ne peut pas véritablement se construire dans un pays où ses citoyens doivent d’abord survivre pour pouvoir voter, travailler ou envoyer leurs enfants à l’école.

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