À Jacmel, la rue gronde : L’État accusé d’abandon face à l’insécurité

Par : Frantzou Laguerre

La ville de Jacmel s’est réveillée au rythme des pas lourds de la colère. Des centaines de citoyens ont envahi les rues pour dénoncer une situation sécuritaire devenue, selon eux, « intenable » dans le Sud-Est. Commerces fermés, écoles à l’arrêt, administrations paralysées : c’est tout un chef-lieu qui a suspendu son souffle pour crier son ras-le-bol.

Au cœur de la fureur populaire, un mot revient, abandon. Les manifestants pointent du doigt l’inaction des autorités, accusées de laisser s’installer la peur, quartier après quartier, localité après localité. Les slogans, écrits à la hâte sur des pancartes, accusent frontalement l’État d’avoir déserté sa mission première protéger les vies et les biens.

La récente attaque armée contre la localité montagneuse de Seguin a servi d’électrochoc. Des familles ont fui, des maisons ont été incendiées, et le sentiment d’insécurité s’est propagé bien au-delà des hauteurs, jusqu’au centre-ville de Jacmel. Pour beaucoup, ce drame n’est pas un fait divers de plus c’est la preuve que la menace progresse pendant que l’appareil d’État recule.

Dans les rangs des protestataires, la même question fuse, où est la protection promise par la Police Nationale d’Haïti ? Les citoyens dénoncent un manque criant de présence policière, de moyens logistiques et surtout de volonté politique. « On ne peut pas continuer à vivre barricadés chez nous pendant que les bandits circulent librement », lâche un manifestant.

Plus grave encore, plusieurs voix accusent les autorités de banaliser la détresse du Sud-Est, comme si l’épicentre de l’insécurité se limitait à la capitale. « Parce que ce n’est pas Port-au-Prince, personne ne réagit », peut-on lire sur une pancarte brandie devant un bâtiment public aux portes closes.

La manifestation de ce mercredi n’était pas seulement un cri de colère, mais un ultimatum citoyen. Les protestataires exigent des mesures immédiates renforcement des effectifs policiers, opérations de sécurisation durables, accompagnement des familles déplacées, et surtout une présence réelle de l’État sur le terrain.

À Jacmel, la population refuse que le Sud-Est devienne ce qu’elle appelle déjà un « territoire oublié ». Car pour ces citoyens, l’insécurité n’est plus une rumeur lointaine : elle frappe à la porte, chaque nuit un peu plus fort, pendant que l’État, lui, semble rester sourd aux appels répétés de tout un peuple.

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